Un homme digne de son humanité, doit un jour s'obliger au dilemme évident de la conscience du Soi. J'ai donc souvent songé à ce que pourrait être mon Etre sans nul chemin de réflexion, sans prise de conscience des complexes fatalités, tout comme j'ai sans cesse chéri ce Moi fier et pourtant solitaire qui imbibe mon identité et mes faits. Je me souviens bien sûr de ce que je fus un jour, de ce corps d'éphémère bambin qui frôlait les murs d'un chez-soi simplifié, d'une existence bien plus légère, dont les odeurs semblent encore enivrer sous l'emprise du vague à l'âme. Certes, tout ne s'affirme pas. Tout a péri.
Tout vient avec le temps, même le temps lui-même, toujours aussi cruel. La vie, l'espoir, le souvenir, la peur et la fin. La perte d'un seul, déséquilibre ou élimine notre Etre. Le temps, lui, n'existe plus dans le néant et il nous y mène, malgré cela, bien volontiers.
Les souvenirs blessants sont les choix du lendemain.
Alors oui, je m'enivre de ces joies simples vécues il fut un temps. Je pense déjà au jour où je perdrais mon essence actuelle pour le retrouver en partie plus tard. L'espoir nous y tiens toujours. Mes yeux se chargent de perles intimes, chaque pensée demeure alors dans cette brume si souvent marraine des jours futurs.
Je ne connais la réelle nostalgie que dans l'anticipation de celle-ci. Je sais que je regretterai mon amour accordé aujourd'hui. Au moins je pourrais en faire une chose, y penser. Me dénaturer, à mon avis : jamais.
César